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Univers cité

Je descends hagard
à gare de Nante-
-rre, univers si té-
-nu que ces trois barres.
En tête de rame,
je prends le chemin,
passe sous les trains
qui vont à Paname.

Les tours de la gar-
-de républicaine,
que des capitaines
tiennent à l’écart,
vivent un peu à part
mais en bonne entente :
elles n’ont de ces barres
qu’une vue distante.

J’en hais l’architecte,
surtout archi-con,
et je le suspecte
de chier du béton :
des pièces trop comme une
cellule sans barreau,
on y aimerait la lune,
on a le caniveau.

On entend le voisin
son chien et sa femme,
quand son amant vient
elle gueule comme un âne.
En plus on profite
du son de la télé
de l’odeur des frites
des cris du bébé.

Il n’y a pas ici
que des enfants de chœur
mais certaines familles
n’ont que des chômeurs.
Quand les estomacs
crient plus fort que les fesses
on a bien le droit
de monter un bizzness.

Les mémères du coin
s’embêtent un petit peu
et leur baratin
apporte un petit mieux.
La barre a chez les m-
-émères en question
une réputation
que partout elles sèment.

C’est dans une barre
bordée de bancs, lieu
de vie de bagarres
et nid d’amoureux,
que loge la fée
qui hante mes nuits ;
tout ce qu’elle en fait
tient du paradis.

Et je me fous bien
des réputations
tous les jours j’y viens
sans appréhension.
Car elle se fait belle
et, sans prétention,
elle m’ensorcelle,
cette reine, ovation !

« Univers cité » de Laurent QUIQUEREZ est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons CC-BY-NC-SA 4.0. En savoir plus sur les (nombreux) droits et les (quelques) devoirs.

1994-2001 – Nanterre-Courbevoie, France

Le bidonville de Nanterre by Gongashan via Flickr CC-BY-NC-ND
CC-BY-NC-ND
« Le bidonville de Nanterre » by Gongashan via Flickr

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